La condition humaine est tragique. Par essence, nos destins à tous sont tragiques. Inexorablement, nous sommes voués à perdre tout ce que nous passons notre vie à construire. C’est une réalité.
Comment parvenir à oublier cela ? Comment vivre chaque jour comme si le lendemain était garant de quelque bonheur ?
L’acceptation, sans équivoque, de cette condition est un bon moyen pour pouvoir profiter des instants qui nous sont accordés. Mais ou est le sens de tout ça ?
Notre existence n’a aucun sens. Nous sommes là par hasard, le temps d’une vie.
La rationalité amène à penser que le « sens » n’existe pas. Le « sens » donné au choses et aux idées est la seule solution qu’ai trouvé l’esprit humain, doté d’une conscience aigu de sa condition, pour ne pas sombrer dans l’absurde. Le sens est une notion structurante de la construction de nos vies, de nos destins, cependant il n’en demeure pas moins une notion artificielle. Une notion crée par et pour l’homme.
La matière n’a pas de sens, l’univers lui même, non plus. Que le temps existe ou n’existe pas, à quoi bon tout ça ? Quand bien même y aurait-il une raison à tout cela, qui pourrait prendre corps autour d’une notion d’éternité, celle-ci serait tributaire de sa propre existence. Une existence éternelle certes mais qui pour « être » doit avant tout exister.
L’existence insuffle par elle même son propre sens. Il n’y d’autre sens à celui d’exister que celui d’exister. L’univers existe, c’est ainsi, il existe pour exister. C’est sa seule et unique justification.
Pour l’homme c’est la même condition. Notre vie n’a de sens que par le fait que nous la vivons.
Pourtant l’homme a le sentiment diffus d’exister pour autre chose.
La richesse de l’esprit humain, la conscience, voilà ce qui est responsable de ce ressenti. Son esprit donne à l’homme l’accès aux sentiments. Il aime ses proches, se reproduit, tisse des liens sociaux. Il le ressent et en à conscience. Ce sont les phénomènes de base qui donnent sens à sa vie : les autres et la reproduction. A cela, viennent se juxtaposer tous les raffinements que l’esprit humain est capable d’apprécier. Certains ne vivrons parfois que pour une passion. Quelle qu’elle soit.
Les sentiments, et surtout la conscience de ceux-ci, ce qui est à notre connaissance le propre de l’homme, sont donc porteurs du sens de nos vies par delà le simple fait d’exister pour exister.
Nous existons pour ressentir et apprécier au mieux, pour nous et nos semblables, ce que notre existence a à nous offrir.
Il est donc primordial d’aimer et de porter intérêt à tout ce qui nous attire avec autant d’entrain que nécessaire pour donner un sens à la vie.
Je suis spectateur,
depuis toujours. Spectateur de la vie des gens qui m’entourent. Spectateur de ma propre vie. Je ne suis jamais parvenu, il me semble, à sortir de mon fauteuil. Je me sens loin de la vie, loin de l’existence. Plus le temps passe et plus la paralysie gagne du terrain. Le sentiment diffus, sourd, poisseux, de ne pouvoir rien y faire. Je suis là. Ma vie passe et moi je meurs. Mon désir s’étiole comme je m’éloigne de la réalité. Moins je vis, moins j’ai envie de vivre. L’ennui. Le vide. Je ne ressens que ça désormais. Je suis égaré. Loin, très loin des chemins de l’existence. Là où je me trouve, rien n’a de sens. L’obsolescence m’étouffe, m’efface progressivement. Rien ne me semble valoir le coup, pas même moi. Les gens le sentent et me le font sentir. Pourtant, je ne me sens plus seul. J’ai dépassé tout ça. Aujourd’hui je ne comprend même pas comment on pourrai vouloir de ma compagnie. Je ne suis plus amer, je suis anesthésié. Abruti d’incertitudes, d’angoisses morbides, résigné à l’abandon dont je fait l’objet, je regarde s’éloigner doucement ces proches qui autrefois étaient mes amis et qui aujourd’hui ne sont plus que des ombres diffuses. Tant de fois j’ai souhaité que les gens me rejoignent, car, si j’en suis là, c’est pour une raison simple finalement. Je suis tristement prétentieux. Je pense fondamentalement, depuis ma position reculée, pouvoir comprendre le monde. Je juge, j’analyse. Moi qui ne vis pas, je me paie ce luxe. Au prix de cette inadaptation existentielle, j’ai intériorisé l’idée selon laquelle, il faut, pour avoir une vision critique sur la vie, ne pas se compromettre avec celle-ci. Je regarde les gens faire semblant, se mentir à eux même. Cependant, ce n’est même pas un plaisir. Je ne peux le partager avec personne. Les gens que j’ai pu, durant mon adolescence, entraîner quelques temps avec moi dans cette spirale sordide, ont toujours fini par s’en dégager vivement. Aujourd’hui je n’essaie plus. Je tente de préserver au mieux ma famille, mon amie et mes quelques « encore » proches. Oui, tout cela est destructeur et néfaste. On ne peut vivre sans illusions. La vie m’en a toujours privé, c’est pour cela que je suis ainsi. J’ai tout d’abord pensé être le seul à être normal. Je pensais devoir ouvrir les yeux aux autres. Mais je n’ai fais que faire souffrir et tourner en rond. Je rend les gens comme moi. A mon contact ils deviennent malheureux. Ils perdent progressivement désir et joie de vivre. Ils perdent le cours de leur vie, le sens de la marche. Je suis nocif. Un champ électromagnétique qui brouille leurs boussoles internes. Je ne tire que tristesse à voir les gens se perdre ainsi. J’ai donc fait le constat que, c’était normal, les gens me fuiraient toujours. Pourtant, je voudrais les avoir près de moi. Je reste humain. Je conserve ce désir inaltérable, cette soif de chaleur humaine. Mais il m’est impossible de l’assouvir. En cela je suis triste malgré tout. Je comprend l’éloignement, n’en veux à personne, l’esseulement ne me gêne pas socialement. Il me ronge humainement. Et j’ai peur de ça. Parfois, je me vois vampire, poussé vers les autres par cet irrépressible besoin d’une humanité, que je suis incapable de vivre sans détruire la personne. On ne peut pas vivre comme je vis, je le vois sur les autres. Avant et après moi… Je ne comprend même pas comment je supporte ce poids. Il m’arrive souvent de penser à disparaître pour en finir avec cette souffrance intrinsèque avec laquelle j’ai été livré à la naissance. Cette inutile lucidité, froide, implacable, comme le flash d’un appareil photo qui n’épargne rien au sujet sur lequel le photographe jette son dévolu. Mais étrangement, je n’ai pas envie de mourir. Ma mélancolie reste tout à fait supportable. Je resterais néfaste pour moi et mes semblables. Le serpent se mort la queue.
Malgré ma lucidité sur mon funeste tempérament, je garde le fantasme d’une réunion de famille, grand moment de pathétique comédie humaine, où je pourrais demander, pour une bonne raison (si j’étais à l’article de la mort par exemple) à tous de cesser de tricher. Exposer cette scène à mon flash révélateur de la médiocrité et de la mesquinerie de la réalité. Toute cette convenance, cette hypocrisie bien comprise, ces rancunes étouffées. Que tous se mettent à table et avouent leurs griefs, leurs doutes et leur profonde vision des gens et des choses. Oui, à ce moment là, je pense que mes proches m’ayant rejoint dans la clarté, ne serait-ce que le temps d’un repas, je me sentirais moins seul. Il est clair que cette lucidité dont je me targue et qui gâche ma vie est simplement liée à un monstrueux complexe de supériorité. Quelle tristesse. La psychologie, la connaissance en général, gâche la magie. Je n’aurais pas pu être une sorte d’élu, un martyre choisi pour souffrir pour les autres ? Non, rien n’est entier, mystérieux, tous s’explique. Ce monde savant fabrique de grands enfants désenchantés comme moi. Frustré que je suis de ne pouvoir exercer mon sentiment de toute puissance dans un imaginaire ramené au statut de lubie, de pensée excentrique ou névrotique par une science omniprésente. Fatalement, j’exerce ce pouvoir sur la réalité puisque je ne peut plus rêver sans savoir que je rêve. Pour être tout puissant, ici, dans le réel, je suis obligé de rester dans mon rôle d’observateur (j’aurais pu choisir de vivre selon la loi du plus fort, celle des western, des caïds ; je n’en ai pas eu le courage). Oui, je pense que je ne suis pas seul dans ce cas, même si chez moi cette logique est poussée à l’extrême. C’est un mal actuel, la science m’a appris que ma vie ne sert à rien et ne va nulle part. Je ne m’en suis jamais remis.
Romain.
1) Le déplacement de la violence :
Alors, il est certain aujourd’hui que le résultat est plus présentable. Les états, occidentaux du moins, ne se salissent plus les mains (publiquement) ou alors pour « la bonne cause », l’Irak sauvé par l’altruiste G.W.Bush en est une illustration parlante. La violence s’est déplacée, elle n’a pas disparu. Elle est là, parmi nous, entre nous, sournoise. Elle est liée directement à l’économique : tensions sociales liées aux rivalités, au désespoir, mais aussi violence contre notre milieu, violence écologique ; enfin elle est aussi liée à la perte de repères idéologiques et identitaires (populisme, intégrisme…).
On ne tue donc plus les vaincus par les armes. Ces vaincus qui ne constituent plus comme autrefois un camp adverse bien défini, ils sont eux aussi, comme la violence, multiformes et disséminés dans la société. Des groupes sociaux restent plus exposés, plus fragiles face à la violence sociale, mais plus généralement, cette violence a même pénétré des sphères autrefois préservées. Ainsi aujourd’hui plus personne n’est à l’abri. N’importe qui peut « tomber », très rapidement perdre ce qu’il a acquis, aussi bien sur le plan professionnel, que de la vie privée. Un tel niveau d’incertitude dans le quotidien n’est pas une nouveauté dans l’histoire humaine.
2) Un nouveau type de violence sociale :
Au XIXe siècle par exemple, le risque de perdre son emploi ou sa fortune sans préavis était grand, de même que celui de perdre l’être aimé ou ses proches. Ce qui a changé c’est l’imputation de la responsabilité de ces maux. Au XIXe siècle la perte de l’emploi était imputée au « patronat bourgeois sans scrupules », une fortune se perdait à cause d’une mauvaise gestion. Le contexte était plus clair, les raisons, les groupes responsables facilement identifiables.
Aujourd’hui nous sommes mis en concurrence sur le marché en tant qu’individus. Autrefois les appartenances à des groupes sociaux ou professionnels ne laissaient pas l’homme seul face à la cruauté de la sélection naturelle. L’homme était encadré par des congénères proches de lui, et c’est le cas depuis toujours. En effet, même au stade de primate nous vivions de façon sociale, en meute, protégés de la dureté de la loi de la jungle, par le groupe familial élargi, aujourd’hui ce n’est plus le cas, l’individualisme et les processus qui on amené son avènement, a détruit cela.
De ce fait, on ne sait plus trop à qui s’en prendre, les immigrés, l’Etat, le patronat, ou tout simplement « l’autre ». Cet autre qui est aujourd’hui un concurrent avant d’être un congénère. La violence qui naît de la méfiance, de la concurrence interindividuelle, est donc un fait nouveau, du moins dans sa généralisation.
Nous fonctionnons donc selon un système social barbare hérité de nos origines animales. Mais le pire vient du fait que notre intelligence nous a permis de rendre ce système encore plus compétitif et de ce fait encore plus violent et difficile à vivre pour les individus qui le constituent.
L’individualisme nous laisse seuls et désarmés face à un monde certes régi par des lois où l’individu est protégé par de fragiles acquis sociaux, mais tout cela ne nous protége aucunement contre cette violence sournoise dont nous parlions précédemment. Et je pense qu’aucune mesure réglementaire ou sociale ne pourra être efficace pour nous protéger de nous même dans un système compétitif. Les acquis sociaux tels que nous continuons de les voir aujourd’hui peinent déjà à nous permettre de conserver ce qui est de l’ordre du concret. Ces acquis permettent de lutter contre une agression identifiée et identifiable qui touche les individus de façon effective. Ces politiques contre la précarité du logement, les retraites, les indemnités de chômages restent des combats d’actualités même si leur efficacité s’émousse dangereusement. Mais outre le fait que le système capitaliste est entrain de détruire les quelques défense concrète que nous avions mis en forme contre sa violence intrinsèque (nous verrons plus loin pourquoi), nous n’avons aucun moyen de mettre en œuvre une quelconque protection contre cette violence diffuse d’un nouveau genre que nous évoquions précédemment. Il me semble impossible pour l’homme de s’en protéger dans un système compétitif.
3) La frustration générée par le capitalisme :
Enfin pour finir de dresser les raisons qui rendent notre mode vie actuel difficile, je finirai en parlant de l’insatisfaction chronique de l’homme. En effet, cette tendance que nous avons tous à en vouloir toujours plus, a toujours vouloir ce que nous n’avons pas, est un des moteurs du système capitaliste. Nous avons commencé par pallier à des désirs que l’on pouvait penser légitimes. Mais cette logique ne s’arrête plus aujourd’hui à des besoins que l’on sent émis par la société. Aujourd’hui le capitalisme s’auto alimente d’une certaine façon. Il est créateur de nouveaux besoins. La spécialisation de la société, sa technicisation, a amené à la création d’outils extrêmement efficaces dans tous les domaines, y compris celui de la création de besoins, moteur de la « croissance ». Il en découle une dépendance à la consommation qui est facteur d’immobilité pour ce qui est de faire évoluer le monde. Nous en parlerons plus loin lorsque nous étudierons les raisons de l’inaction, de la stagnation.
Ce qui nous intéresse à cet instant, c’est la frustration que dégage ce système. En effet, les dominés qu’ils soient occidentaux, ou pire encore, issus du tiers monde, aspirent, en plus du fait de souffrir socialement, à adhérer à un système tentateur et alléchant. Apparemment porteur d’espoir pour des gens qui peuvent ainsi aspirer à quelque chose, notre modèle est une torture. Il amplifie le sentiment de misère et empêche les gens de se satisfaire de ce qu’ils possèdent et sont. Il crée de nouvelles envies par le biais d’outils comme la publicité, le marketing. Les quantités et la fréquence sont telles que l’ont ne vit plus, on passe son temps à désirer, à espérer. Ce besoin constant de nouveauté est en permanence relayé par les médias de masse, qui malheureusement sont eux aussi soumis à la logique économique. Leur rôle d’information et de divertissement est tellement corrélé aux intérêts financiers que le contenu de leurs programmes ne peut échapper à un degré de corruption, variable selon les cas.
4) La perte de sens :
Outre la violence dans nos quotidiens que nous impose notre mode de vie, il est important de faire cas d’une perte de sens générale de notre mode de fonctionnement, qui entraîne chez les individus un questionnement sur leur place, leur rôle à jouer en ce monde.
Ronald Inglehart créateur du concept de post matérialisme au cours des années 1970, met en avant la mise en place de nouvelles préoccupations chez l’homme lambda. Ces préoccupations ne sont plus directement liées au « matériel », en ce qu’il a de nécessaire pour la survie. Désormais l’homme se préoccupe de son bien être. Or le bien être, passe peut être par le matériel, comme la société actuelle l’a compris de façon univoque, mais aussi par une nécessité de donner du sens.
Or ce sens, le progrès technique ne peut de facto plus lui fournir. Celui-ci remplissait le rôle d’étoile polaire de l’humanité tant que cette humanité était simplement préoccupée par sa subsistance, et le fait de pouvoir de façon stable et efficace, palier à ses besoins vitaux. A partir du moment ou ces besoins ont été maîtrisés totalement (du moins pour la partie occidentale de la population mondiale), les occidentaux ont perdu la lumière qui les guidait jusqu’alors. Aujourd’hui il n’y a plus de direction évidente vers laquelle nous devons tous tendre. La société n’a plus a se mettre en branle pour un objectif qui la transcende.
De là, résulte une perte de sens collective, qui se traduit sur le plan individuel. Ce fait est une des raisons principale qui pousse l’homme actuel vers un individualisme croissant. En effet, comme nous n’avons plus de but commun nous ne nous battons plus que pour nous même.
Le sens collectif avait par le passé plusieurs vecteurs, il les a progressivement perdus au cour des derniers siècles. Que ce soit la famille comme ciment des valeurs civiques et sociales, ou bien la patrie et la religion comme ciment social, tous ces vecteurs de sens ont été balayé par les évolutions de nos sociétés. Ne restait plus alors que le sacro-saint progrès technique comme fin en soi, qui avait le mérite de constituer un liant social. Aujourd’hui, il semblerait que celui-ci ai été remplacé par le seul concept de « croissance ». La croissance économique comme objectif de l’humanité. Tel est notre lot quotidien. Le problème de ce concept, bien plus global et flou que celui de progrès technique, vient justement du fait qu’il est flou. Il ne constitue pas un objectif clair dans l’inconscient humain. Il fait référence à tout, mais finalement à rien de concret. Et surtout on peine à lui trouver un sens. Le progrès technique avait comme alibi de nous permettre de « survivre » dignement, ce n’est pas le cas de la croissance. Celle ci nous propose de « vivre » plus richement. L’un avait comme motivation la nécessité, l’autre, le superflu.
L’individu se retrouve donc une seul face à sa condition insensée d’être vivant condamné à mourir. Sa réaction, naturelle est de ce détourner de cette idée qui lui est in supportable. Pour ce faire l’homme se diverti. C’est tout ce que nous avons trouvé aujourd’hui comme échappatoire à cette perte totale de repère qui afflige nos sociétés.
5) Un décalage croissant entre un mode de vie primaire et des représentations idéales :
Enfin un autre phénomène accentue le malaise qui touche des hommes qui ne se sont jamais senti aussi puissants, maître de concepts, de leurs capacités intellectuelles, clairvoyants par leur connaissance de leur environnement.
L’entente, le respect et le civisme que demande nos sociétés sont en complète opposition avec les valeurs sous jacentes induites par le libéralisme, « soit le meilleur ! » , « écrase ton voisin pour éviter que lui ne le fasse! ». Ce paradoxe témoigne de l’opposition entre un mode de fonctionnement social animal, et des aspirations issue d’une histoire, d’une culture, d’une pensée humaine riche ; une représentation idéale que l’homme se fait de lui-même, vers laquelle il voudrait tendre.
Aujourd’hui, plus que jamais, l’imaginaire de l’homme est riche de concepts, d’idéaux de ce qu’il devrait être ou pouvoir être. Il a donc une offre plus riche que jamais et dans un même temps, il est prit, peut être plus que jamais, dans ses instincts et mécanismes primitifs, exacerbés par le capitalisme.
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L’histoire de l’occident ou la transposition du rapport dominant/dominé :
Malgré de multiples résistances, qui prennent la forme de mouvements aux méthodes très diverses, alter-mondialistes, ONG, ou même terroristes, on assiste à la globalisation d’un modèle économique et social. Le capitalisme mondialisé façonne un monde dur régi par la loi de l’offre et de la demande, une machine dont le carburant est la consommation de masse.
Cet état de fait, ne s’est pas mis en place du jour au lendemain. Il a mûri au fil des siècles et l’aboutissement actuel est un moment charnière, nous allons voir pourquoi.
Lorsque l’on regarde de façon générale l’histoire de la plupart des civilisation, la loi du plus fort, du manger ou être mangé, s’applique depuis toujours. De la préhistoire à nos jours, les êtres les plus performants surpassent leurs congénères et exercent sur eux une domination. La façon dont les plus forts dominent les plus faibles s’inscrit dans des contextes différents selon les époques, les méthodes utilisées aussi sont différentes, mais la constante dominant/dominé demeure.
La civilisation occidentale est certes beaucoup plus raffinée que par le passée, son fonctionnement plus complexe, mais finalement ne trouvons nous pas dans une transposition évoluée du mode opératoire basal des guerres et des conquêtes ? ( mode qui constitue déjà une forme humaine évoluée de la loi de la jungle, en ce qu’il nécessite la préexistence d’un système social ).
Les moyens de domination, de régulation ont changés, pas les règles du jeu. Nous avons conservé des règles imposée par la nature sans jamais parvenir à nous en détacher.
Le monde d’autrefois, où devait s’exercer la puissance par le politique et les lois de la guerre, est remplacé par le marché et les règles qui régissent l’économie. Les méthodes de combat sont de nature entrepreneuriales et financières et non plus militaires.
Le monde de la violence politique, visible, a disparu en Occident avec la fin de la seconde guerre mondiale, malgré les forts spasmes résurgents qu’ont été les guerres liées au délitement des empires coloniaux. L’après guerre apparaît comme une phase transitoire où le monde a flotté, un laps de temps, entre l’incertitude d’une mort nucléaire annoncée et le sentiment d’avoir trouvé la voie du salut par le capitalisme triomphant des trente glorieuses.
Or, le capitalisme salvateur a montré les limites de sa générosité, passé la longue période qui fut nécessaire à la reconstruction. L’humanité est rattrapée par ses démons. La bonne vieille guerre n’a pas tout résolu loin de là.
Parallèlement, la mort subite est heureusement évitée, avec l’effondrement de l’URSS. Mais là encore fausse joie. L’homme crie victoire, enfin libéré de la menace communiste le capitalisme va enfin pouvoir s’épanouir de par le monde et peut être va-t-on retrouver la croissance perdue depuis le début des années 70 ? Il n’en est rien. Les choses évoluent en effet. On entre alors véritablement dans la phase citée précédemment où le politique perd véritablement de sa substance, laissant place à un marché global où la compétitivité peut enfin s’exercer sans frontière idéologique (ou presque).
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